Tour de la grosse horloge

En 1131, Saint-Jean d’Angély commence à s’entourer de palissades et de fossés, des fortifications légères qui s’augmenteront rapidement pendant la guerre de cent ans, pour arriver aux imposantes fortifications que nous voyons figurer sur les divers plans des sièges de 1569 et 1621.

Par suite de l’extension croissante de la ville, les douves primitives furent reportées plus en arrière ; comme elles faisaient partie du domaine de la couronne de France, le terrain provenant des anciens fossés fut concédé aux habitants.

Une tour très ancienne existait sur l’une des douves désaffectées et, en 1277, on y suspendit le sin (1) dont la commune venait de faire l’acquisition ; de là le nom de « Pourteau du groux sin » que prit la tour. Ce pourteau payait au profit du roi un droit de cens de dix sols, payable chaque année le jour de la « Saint-Micheatj » (Saint-Michel) entre les mains du receveur ordinaire de Xainctonge.

La garde du sin était confiée à un gardien qui avait sa chambre dans la tour.

En 1306, le maire, Bernard-Tronquière, faisait l’achat d’une horloge perfectionnée, à rouages mécaniques et à poids. Cette horloge, qui ne sonnait que les heures, utilisait comme timbre, par un mécanisme spécial, le « groux sin ». L’argent nécessaire à cette acquisition fut amassé par « Taillées » extraordinaires, levées sur les habitants pendant plusieurs années, et dont la dernière paraît être comprise dans une remise de comptes faite par du Meslier à la Mésée du 26 mars 1406

En 1405, le « pourteau du groux sin » menaçait ruine ; dans la réunion du Corps de ville du 2 août de la même année, il est dit : Que « le pourteau soit réparé le mieux que l’on pourra, afin qu’il ne choyé »

Tour de la grosse horloge
La nouvelle tour de l’horloge, construite en avant de la précédente, est terminée et aménagée en 1550. Elle est à cinq étages, y compris les combles ; des mâchicoulis en défendent les deux façades et une bretèche protège la porte d’entrée. On entre dans la tour par une petite porte de style ouvrant au pied d’un escalier en pierre desservant quatre étages ; cet escalier en vis se trouve logé dans une petite tour accolée à la gauche de la façade nord de la tour principale. Un second escalier donne accès du quatrième étage aux combles percés d’une mansarde sur chacune des quatre faces. C’est dans ces combles que se trouvait la chambre du guetteur qui prit, avec la nouvelle tour, le titre de Gouverneur du Reloge, titre que nous trouvons sur les registres du receveur des deniers communaux pour le paiement de ses appointements.

La toiture primitive, très aiguë, était recouverte de plomb ; elle fut remplacée en 1764 par une nouvelle, beaucoup plus lourde et plus basse, recouverte en ardoises, telle que nous voyons celle d’aujourd’hui qui a été placée en 1907.

La grosse cloche de 1277 fut montée au quatrième étage de la nouvelle tour et fixée à une très forte poutre ; elle ne pouvait se mouvoir et c’était avec l’aide d’un ballant mobile, en fer forgé, actionné à la main, que la sonnerie était produite. La façon de frapper indiquait la cause de la sonnerie : les coups pressés et redoublés donnaient l’alarme ou réclamaient un secours pressant.

Comme précédemment, la cloche servait de sonnerie à l’horloge ; elle appelait les membres du Corps de ville et les bourgeois, spécialement convoqués par les sergents, pour assister aux réunions ; tous les soirs, elle sonnait le couvre-feu, c’est-à-dire la rentrée des habitants chez eux et l’extinction des lumières et du feu. Le tintement précipité annonçait l’incendie et la grande volée l’appel aux armes.

La tour à cheval sur une rue était alors la marque distinctive des villes possédant une Charte de Commune. (Saint-Jean d’Angély avait, en cela, imité la ville de Rouen qui lui avait fourni le modèle de sa charte.)

Les empreintes de balles, dont les façades sont criblées, rappellent les combats acharnés qui ont couvert de sang ses alentours.

En 1907, par les soins et sous la direction de la Société des Monuments historiques, d’importantes réparations ont été effectuées ; malheureusement, les sculptures qui existaient avant la Révolution n’ont pu être reconstituées.

A. CHAÎNE.

(1) sin, en vieux français, signifiait cloche.

Source gallica.bnf.fr / BnF

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